
Parcours découverte
Les fermes de Bazainville
Entre les deux dernières guerres, les habitants de Bazainville travaillaient au village. Ils étaient ouvriers, bûcherons, maçons, menuisiers, charrons, commerçants, journaliers... mais surtout fermiers !
Il y avait une trentaine de fermes à cette époque. Selon l'importance de leurs terres cultivables, les fermiers vivaient de leur production ou bien vendaient une partie de leurs récoltes.
Les fermières s'occupaient particulièrement des animaux : des lapins, des volailles de la basse-cour : poules, poulets, dindons, canards, oies... qu'elles nourrissaient et qu'elles tuaient pour la consommation familiale. Elles tiraient aussi le lait, matin et soir, des trois, quatre ou cinq vaches que la ferme comptait. Le lait était stocké dans de grands bidons et vendu au détail. Le soir les enfants venaient "au lait" avec de grandes laitières de fer blanc, un peu cabossées. Le lait restant était vendu aux laitiers de Tacoignières et de Houdan et partait dans des wagons-citernes spéciaux pour la consommation des Parisiens.
Les fermiers, eux, s'occupaient des chevaux et cultivaient les terres situées près de leur ferme ou à l'autre bout du village. Les sabots ferrés des chevaux, les roues des charrettes, les lourds rouleaux de métal résonnaient en passant dans les rues du village et animaient les journées. Les cultures servaient essentiellement à la nourriture des animaux : luzerne et trèfle rouge pour le foin, avoine pour les chevaux, betteraves pour les vaches, céréales pour les volailles, pommes de terre pour les cochons et pour la consommation des maîtres.
Les saisons rythmaient la vie aux champs : labours et semailles en automne et au printemps, fauchage du foin dès le mois de mai, moissons et récoltes en été et en automne.
La moisson était un très long travail, s'étalant sur plusieurs mois. Il fallait attendre que les épis des céréales soient bien mûrs et bien secs. Les champs de blé ont été fauchés à la faux, puis à la javeleuse jusqu'à l'apparition de la faucheuse lieuse (vers 1925). Après son passage, la faucheuse déversait des gerbes de blé couchées sur le côté. Les hommes qui la suivaient redressaient les gerbes à la fourche et les groupaient en "moyettes", épis dressés vers le haut. Le soir, le champ fauché était hérissé de petites huttes de paille et d'épis.Spectacle difficile à imaginer de nos jours !
Après quelque temps de séchage en moyettes, les gerbes étaient chargées une à une dans des charrettes tirées par un ou deux chevaux. Les charrettes, pleines à craquer arrivaient à la ferme et s'arrêtaient dans la cour. Le fermier avait dessiné sur le sol un grand cercle de six à sept mètres de diamètre. Les gerbes étaient déchargées et placées en rond l'une à côté de l'autre sur le cercle, grains vers l'intérieur. On faisait une rangée, puis deux, puis plusieurs en évasant un peu le cercle jusqu'à trois ou quatre mètres de hauteur. Puis on rétrécissait le cercle comme pour former un toit. La meule ainsi formée, était savamment recouverte de paille de seigle, pour que la pluie glisse le long des brins et ne mouille pas les épis cachés à l'intérieur. Une meule pouvait faire six à sept mètres de hauteur si elle était bien faite.
Quand la moisson était sur le point d'être terminée, la dernière charrette chargée de blé arrivait dans la cour, un bouquet de feuillage et de fleurs des champs accroché à ses montants.
Toute la ferme se réjouissait de la fin de la moisson. La fermière et ses voisines préparaient alors "La Passée d'Août" pour récompenser les nombreux ouvriers ayant participé à la moisson. C'était la fête à la ferme : on dressait de grandes tables en plein air et on se régalait de charcuteries, de salades, de volailles rôties, de fromage et de tartes aux prunes, le tout arrosé de cidre frais.
Après cette fête, le fermier attendait la "batteuse" qui allait de ferme en ferme battre le blé. La batteuse ou la "batterie" se faisait souvent attendre jusqu'en hiver et même parfois jusqu'au printemps. Les épis étaient séparés de la paille et battus. Les grains étaient alors récupérés dans des sacs de toile et stockés dans les greniers à grains. Ils étaient gardés pour les animaux, ou vendus aux grainetiers qui les revendaient aux meuniers. En automne on récoltait aussi les betteraves, les pommes de terre, les pommes....
Cette façon de vivre à la ferme est maintenant révolue. En quelques années les techniques industrielles agricoles ont changé cette vie familiale et amicale, mais espérons que les métiers des champs qui ont été transmis par tant de générations ne seront jamais complètement oubliés.
Merci à Mmes Bouhout et Buisson pour leur témoignage
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M.C VERGEZ
(Bazainville info n° 54, mars - avril 2002, Bazinf'autrefois)