
Parcours découverte
Les bombardements alliés sur le département des Yvelines et notre commune (1942-1944)
La position stratégique du département à proximité de la capitale, son réseau de communications, ainsi que son tissu industriel, lui ont valu le triste privilège de constituer une cible de première importance pour l'aviation alliée. Les objectifs des raids alliés dans le département étaient triples. Il fallait : détruire la capacité de production de matériel de guerre de l’industrie française au service du Reich. Conquérir la supériorité aérienne au-dessus de l'Europe occidentale afin d'empêcher la Luftwaffe de monter une contre-attaque contre les troupes du débarquement. Détruire les réseaux de transports terrestres qui menaient au front de Normandie.
A Mantes la Jolie, par exemple, les 37 bombardements subis entre avril et août 1944 ont fait 463 morts.
Monsieur Henri THIBAUT nous raconte cette période de l'histoire à Bazainville ...
6 juin 1944 - 60 ans déjà…
"... Le débat de l'époque, dont on parlait sans arrêt, c'était la guerre, avec les bombardements et les batailles aériennes.
Bazainville fut témoin de plusieurs combats et chutes d'avions.
En 1943, un matin, 3 petits avions de reconnaissance furent attaqués par 1 chasseur allié et descendus un s'écrasa rue de Rivoli à Gambais, un à la Troche de Grosrouvres et le troisième tomba je ne sais où.
A l'automne 1943, un avion-école allemand en difficulté, s'écrasa dans les platanes de la RN 12, dans le passage qui existe entre les établissements Codir et Krys. Actuellement côté Krys il manque, 3 ou 4 platanes, c'est là que l'avion s'écrasa, traversa la Nationale et brisa autant de platanes côté Codir. Si je ne me trompe pas, il y eut 4 morts.
Puis 1944, au cours d'une bataille aérienne, un avion allemand fut descendu et tomba dans le chemin qui relie le chemin de la Garenne, à celui de Mal Assis, juste au dessus du lieu-dit "Les 7 arpents", le pilote fut également blessé. Un autre jour c'est un avion américain touché qui alla se poser dans les bois au dessus de chez Mr et Mme Guillevic à la Vallée des Fosses. Une autre fois un avion américain, laissant échapper une traînée de fumée, passa au dessus de Bazainville, lâcha quelques bombes au passage, dans les champs au dessus de chez Mr Graignic, au Gassé, puis tomba à Gressey. Quelquefois des avions alliés passaient et lâchaient 2 ou 3 bombes par ci, par là. Pourquoi ? Ce fut le cas à la Tic Toc et près de l'étang de Mr Mehri.
Puis le 6 juin 1944, débarquement, explosion de joie en France. Dans la nuit, une escadrille alliée fut interceptée, par la chasse allemande. Vers minuit, un américain s'écrasa dans le bois des "Remises de Tacoignières" situé plus haut que la gare. Les gens se sont toujours demandé s'il y avait un chasseur allemand avec, car il y avait, parait-il, cinq moteurs à terre. Un autre s'écrasa à la limite de Bazainville, sur la commune de Gambais, sur le chemin de la station d'épuration qui va au Boulay. Avant de s'écraser, il largua les 8 à 10 bombes qu'il possédait et sur plus de 500 mètres, il y avait des trous. Et quelle déflagration il y eut !! Puisque plusieurs vitraux de notre église tombèrent. Puis, le lendemain vers 13h, explosion, c'était une bombe à retardement qui explosait près du Boulay. Dans l'après-midi du débarquement, un convoi allemand qui montait sur la Normandie en renfort, fut attaqué et mitraillé entre la pépinière et le Lièvre : 2 ou 3 camions brûlèrent. Jusqu'au milieu du mois d'août, ce ne furent que bombardements et mitraillages. La gare de Houdan fut bombardée, la ligne de chemin de fer, les routes, les ponts. Encore pour nous, ce n'était rien, vu ce que les populations subissaient, après Dreux, Verneuil, l'Aigle, puisque les alliés voulaient empêcher les renforts de monter en Normandie.
De 1941 à 1944, les hommes valides à partir de 18 ans furent plusieurs fois réquisitionnés. L'hiver après les chutes de neige, ce n'était pas rare d'avoir 20, 30 centimètres et même plus, de neige. Il fallait déblayer les routes, avec les pelles et les balais, sur 3 mètres de largeur pour que les convois puissent passer. On a déblayé la gare de Houdan. Tous les 2 mois on allait monter la garde sur la ligne de chemin de fer, pour empêcher les résistants de la dynamiter, mais sans arme. On a fait creuser tous les 100 mètres le long des routes, des trous de 2 mètres sur 0,80 mètres et 2 mètres de profond pour qu'en cas de mitraillage, les soldats puissent s'y réfugier.
Voyez-vous, à l'époque, avec tous ces évènements, les langues marchaient bon train, et il y a déjà 60 ans!
Le temps tourne..."
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(Bazainville info n° 67, mai-juin 2004